Maya Leutert


Au premier coup d’oeil, on pense aux collages de Schwitters, aux transferts photographiques d’un Rauschenberg… Et puis, à y regarder de plus près, on se dit que non, rien à voir en fait. S’il fallait se raccrocher à quelque chose de connu, c’est du côté des estampes japonaises de l’époque Edo, les mystérieuses « images du monde flottant » chères à Utamaro, qu’il faudrait chercher. Encore que… Bon, tout ça pour dire que l’art de Maya Leutert se passe très bien de commentaires. Que des reliefs helvètes aux montagnes du Cachemire, ses images, avant tout, fascinent. Qu’elles ravivent, à chaque nouvel instant, le lointain écho des mantras oubliés. Bref, qu’entre le zéro et l’infini, ses images flirtent avec l’absence, nous emmènent peut-être aussi aux limites de l’abstraction, dans la nudité des tantras.

Au Bhoutan, à la recherche du bonheur intérieur brut, cette unité de mesure en vigueur sur les contreforts de l’Himalaya, l’artiste a photographié des danses chams, des drapeaux de prière tendus au-dessus des vallées de Bumthang. Car ici, tout est relié, les poèmes gravés sur les pierres, les enfants rieurs, le visible et l’ultraviolet.
Dans son carnet de voyage, donc, Maya a rapporté des milliers d’images, pour finalement n’en retenir qu’une. Une seule, dont la densité, curieusement, renforce le jeu des transparences. Est-ce la magie du collage, est-ce la couleur de notre paysage mental ? Qu’importe, les oeuvres de Maya Leutert, comme des mandalas new age inscrits dans l’épaisseur du temps, réinventent peu à peu le monde. Réjouissant, non ?

Gilles-François Picard

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